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Au Bourgeon Vert

[Episode de gel] On vous donne des nouvelles de nos vignerons locaux !

[Episode de gel] On vous donne des nouvelles de nos vignerons locaux !

À partir du 01/05/2021


Vous avez été nombreux(ses) à nous demander comment nos producteurs locaux (viticulteurs, arboriculteurs, maraichers) avaient géré l'épisode de gel intense qui a touché une grande partie de la France début avril. Si les arboriculteurs ont presque tout perdu (notre région ne produira quasiment pas de pommes cette année), nos maraichers n'ont pour la très grande majorité pas été touchés. Les retours sont en revanche plus nuancés chez les vignerons. On vous donne donc ici de leurs nouvelles !

Il a gelé très fort début avril dans les vignes et les vergers. Trop fort (jusqu’à -10° par endroits) et de manière répétée (jusqu’à 7 jours consécutifs de gel). Cet épisode météorologique a dévasté de nombreux vergers, malmené nos vignes, les arbres fruitiers des particuliers mais aussi dans une moindre mesure les plants de nos maraîchers. 

Le gel en avril n’est pourtant pas inhabituel et ne constitue pas une anomalie climatique en soi. Mais ce qui s’est passé cette année est pourtant le résultat des dérèglements causés par le réchauffement climatique. Il faut se souvenir qu’avant cette fameuse semaine de gel, la fin du mois de mars a été marquée par un épisode de chaleur précoce remarquable. Une semaine estivale à 26° en moyenne avec un soleil de plomb. De quoi déclencher bien trop tôt, bien trop vite, le phénomène de bourgeonnement alors même que les fruitiers sont affaiblis par des hivers de plus en plus doux qui ne leur permettent plus une dormance complète…

Alors dans ce contexte, comment nos vignerons installés en bio et en biodynamie ont-ils géré ce coup de froid ? Ont-ils tout perdu ? Et comment envisagent-ils l’avenir ? Voici un résumé des échanges que nous avons eu avec eux.

Du côté de Sancerre, nous avons interrogé le Domaine Fouassier, magnifique domaine familial depuis 10 générations qui s'étend sur 59 ha, planté majoritairement en Sauvignon.

Installés en biodynamie, adhérents Biodyvin,  les propriétaires du domaine ont joué la carte du préventif en pulvérisant de la valériane en journée dans les rangs de leur vigne. L’idée étant de fortifier les 1ers bourgeons sortis de manière bien trop précoce mais surtout de réchauffer les pieds. La valériane contient en effet des composés phosphoriques qui réchauffent l'atmosphère de quelques degrés. 

La nuit, durant les épisodes de gel, ces derniers ont aussi installé des bougies en bas des coteaux. Pas suffisant pour limiter les dégâts d’autant que l’humidité s’est invitée lors de la nuit précédant le lundi de Pâques. Au final, ils estiment avoir perdu 85% de leur future récolte.

Depuis et pour tenter d’inverser un peu la tendance, ces derniers pulvérisent du purin de plantes (consoude, ortie, luzerne) pour stimuler la repousse.

Paul Fouassier est secrétaire national à la FNAB (section viticulture) depuis novembre. Il fait partie de celles et ceux qui réfléchissent à l’avenir de la viticulture en agriculture biologique et biodynamique. Si il ne peut envisager une seule minute l’implantation d’éoliennes dans les vignobles sancerrois pour des raisons esthétiques en revanche il croit en des changements d’habitudes et au bon sens paysan. Retarder la taille, replanter des haies latérales aux côteaux, faire pousser des plantes aux vertus “chauffantes” font par exemple partie des solutions avancées. Ce dernier se prononce clairement en défaveur de la méthode dite d’aspersion pour enrober les bourgeons. Méthode certes efficace mais pas du tout éthique alors que la ressource en eau se raréfie. D’autant plus que cette charge en eau crée les conditions idéales pour le développement du mildiou… et qui dit mildiou dit traitement au cuivre et donc pollution des nappes… Un cercle vicieux qu’il faut éviter à tout prix.   Il dénonce enfin les comportements irresponsables de certains viticulteurs qui profitent de la méthode dites de “l’écran de fumée anti-UV”*  pour brûler n’importe quoi (pneus, bâche, huile de vidange,…) et polluer l’environnement. *(qui consiste à faire de grands feux pour enfumer le vignoble et ainsi éviter aux rayons du soleil de brûler les bourgeons gelés).


Nos vignerons remettent en question la technique dite de l'aspersion qui consiste à déverser des litres d'eau sur les vignes afin d'enrober les bourgeons pour les protéger des rayons UV. Ils dénoncent une faute environnementale.

Ils s'inquiètent également des abus de certains professionnels qui brûlent des matières hautement polluantes et qui pourraient remettre en question les autorisations préfectorales.


On est allés questionner également Anne-Cécile ROY, du Domaine des Roy dans le Loir et Cher. 

Le Domaine des Roy est un vignoble familial en culture biologique situé à Pontlevoy (41), dans le Val de Loire. Les vins du domaine (Sauvignon blanc, Gamay rouge, pineau, menu-pinot, côt, Grolleau, Cabernet franc...) ont l’appellation “Touraine”. Cela fait maintenant 10 ans que le vignoble est certifié en culture biologique par Ecocert. Ce label atteste de l’utilisation de méthodes écologiques: labour dans le respect du terroir, fumure traditionnelle, traitements limités à base de produits naturels. Les vendanges manuelles pratiquées sur l’ensemble du vignoble permettent de sélectionner des raisins mûrs et sains. Les apports de produits dans les vins, notamment les sulfites, sont ainsi réduits au minimum.

L’épisode de gel de cette année a durement touché le domaine. Anne-Cécile Roy et son équipe ont eu beau tenter d’installer des bougies pour réchauffer l’atmosphère de 2 degrés, le froid combiné à l’humidité ont eu raison d’une partie de leurs cépages. Les Gamays sont presque intégralement grillés. Elle estime avoir perdu environ 50% de la production escomptée en 2021. Elle tire les mêmes conclusions quant aux conséquences du réchauffement climatique. La semaine de chaleur estivale arrive après un hiver trop doux. Les plantes se réveillent au moindre petit coup de chaud et sont bien trop fragiles pour résister au gel. 

Elle constate que les tours antigel (éoliennes) n’ont pas fonctionné dans les domaines alentour. Certains viticulteurs du territoire ont eu recours à l’aspersion, mais elle déplore ce choix. C’est pour elle une solution aux conséquences écologiques désastreuses. L’eau manque en effet de plus en plus en Touraine comme dans tant d’autres régions françaises. Elle aussi envisage de décaler la taille de ses vignes pour retarder le bourgeonnement.



Nous avons parlé aussi avec Denis Jamain. Denis est à la tête d’un vignoble de 23 hectares à Reuilly (36). Installé en agriculture biologique depuis 2007 puis en agriculture biodynamique depuis 2011, ses vins (Sauvignon blanc, Pinot noir et Pinot gris) sont labellisés DEMETER.

Denis est catégorique, la chaleur précoce que nous avons connue suivie de l’épisode de gel (durant près de 7 nuits consécutives) est une situation totalement inédite. Bien qu’équipé d’une tour antigel (fonctionnant au gaz avec un système performant d’autopilotage), cette dernière a montré ses limites quand les températures ont atteint les -6°/-7°. A ces températures, seule l’aspersion fonctionne…

Après 2003 qui fut une année terrible (décalage de saison, sécheresse et canicule), c’est la pire année qu’il a connu de mémoire en 23 ans d’activité. Il envisage désormais de préparer l’avenir en plantant sa vigne sur les versants nords. Les niveaux d'alcool obtenus sur ces versants sont aujourd’hui insuffisants (ou à la limite) mais il pense aux années futures et au fait que les coteaux sud sont voués à quasi disparaître.

Les vignerons installés en agriculture biologique ou en biodynamie ont certes perdu entre 40% et 80% de leur production annuelle, ils restent néanmoins optimistes. La nature, disent-ils réserve parfois de belles surprises.

Au global, nos vignerons disent toutes et tous préférer perdre une année de récolte plutôt que d'utiliser des techniques de chauffe ou de sauvegarde trop néfastes pour l'environnement. D'autant qu'ils ont des réserves, la pandémie a ralenti énormément les ventes de vin. 

Le Domaine Philippe Gilbert est situé à Menetou Salon, entre Bourges et Sancerre. Proche de la Loire, il est planté de cépages Pinot noir pour le rouge et le rosé et de Sauvignon pour le blanc. Certifié, d’abord en agriculture biologique AB, avec Ecocert (2006), puis avec le syndicat international des vignerons en culture biodynamique : Biodyvin dès 2007, ce domaine d’exception est aujourd’hui également labellisé Demeter pour sa démarche polyculturelle et sa recherche constante de symbiose entre le monde végétal et animal. 

Philippe Gilbert n’a malheureusement pas assez anticipé l’épisode de gel du mois d’avril. Ce dernier n’a donc pas pu préparer ses vignes pour limiter les dégâts. Pour autant il est intervenu pour la soigner. Les mots doux réparent, l’amour aide à cicatriser… Philippe parle à ses plantations. “Je leur dis qu’elles vont guérir, que je suis là pour les aider”. Pour réduire le stress induit par le gel et renforcer ses vignes, Philippe a concocté des tisanes curatives à base de valériane et fleurs de bach. Un pansement pulvérisé à raison de 5ml par hectare. Il se dit chanceux et confiant dans sa démarche et fait remarquer que le soleil a beaucoup brillé depuis l'épisode de gel et la vitamine D est selon lui le meilleur cicatrisant !

Le bilan n’est pour lui pas si catastrophique, tous les bourgeons n’étaient pas sortis... 40% à 50% de sa production est pour le moment sauvée, il préfère voir le verre à moitié plein ! Des vignerons voisins ont ventilé, chauffé, certains ont même tenté de faire déplacer des hélicoptères pour ventiler l’air… mais le gel ayant sévi trop tôt dans la nuit, les hélico n’ont finalement pas pu tourner.

Quant à l’avenir, il l’envisage avec philosophie. Les versants nord offrent déjà de superbes maturité. La démarche biodynamique dans laquelle il s’est engagée demande des adaptations qui vont dans le bon sens. Il essayera à l'avenir de moins effeuiller ses vignes pour que les plantes puissent mieux réguler les agressions extérieures.


"Le consommateur aura beaucoup moins accès cette année à des abricots, des cerises, certains fruits" vu la faiblesse de la récolte qui s'annonce, "et "la rareté (...) de nos produits sera telle que probablement les prix s'en feront ressentir". a déclaré le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie sur le plateau d'Audition Publique (LCP-Public Sénat-Le Figaro). 


Enfin, nous avons posé quelques questions à Julien Jansen, vigneron, installé en biodynamie au domaine du Coudray à Quincy, à seulement quelques kilomètres de Vierzon.  Avec son collaborateur, Vincent Nivet, ils produisent un vin blanc sauvignon très apprécié. 

A Quincy, la force c’est le collectif ! Quincy est un petit vignoble alors les vignerons se sont organisés pour mutualiser au maximum les moyens de production et de protection. L’activité viticole repose sur une organisation collective. Les travaux dans les vignes sont ainsi assurés par une équipe de salariés partagée avec six autres vignerons et les domaines ont également fait l’acquisition de plusieurs éoliennes antigel réparties dans tout le vignoble à raison d’une tour pour 4 hectares de vigne. C’est le seul vignoble en France protégé à cette échelle.

Résultat cette année, peu de dégâts sont à déplorer. Le brassage de l’air a plutôt bien fonctionné et a limité la baisse de température au sol. Il est possible que l’air ait été moins humide que dans d’autres vignobles.


A la question de la pollution engendrée par les éoliennes, Julien tempère. Les éoliennes sont thermiques et ne nécessitent pas de matériaux rares pour les fabriquer. Elles ont tourné cette année au maximum 40 à 50 heures parce que l’épisode de froid était critique. Certaines années les tours tournent beaucoup moins. Le rapport investissement / bénéfices / environnement convient aux vignerons de Quincy. 

L’inconvénient est surtout olfactif et sonore pour les riverains. Outre l'odeur de diesel chassée le plus souvent par le vent, les éoliennes font un bruit d'hélicoptère qui indispose les habitants. 

C’est un mal pour un bien pour Julien qui préfère préserver les emplois sur la commune même si cela veut dire malheureusement incommoder de manière très occasionnelle et raisonnée le voisinage immédiat.

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